DOSSIER – Sobriété et économie circulaire

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Notre consommation ne tourne plus rond

 

Depuis les années 1960, la consommation des ménages français a triplé.

Cette évolution est évidement corrélée à celle de nos modes de vie, impactés par les changements démographiques (augmentation de la population), industriels (avancées techniques et technologiques, mondialisation, …), sociaux (évolution de la composition des ménages, des modes de communication, émergence de la grande distribution, …), etc. A titre d’exemple, l’alimentation était le premier pôle de dépense des Français dans les années 1960 ; elle est aujourd’hui précédée par le logement et les dépenses incompressibles qui s’y rattachent (énergie, eau, …), pesant pour plus du quart sur le budget des ménages. Le pôle des communications a lui connu une augmentation de plus de 700% entre 1990 et 2020, illustrant la part croissante que prennent la téléphonie et le numérique dans nos vies[1].

Aujourd’hui, la consommation représente environ la moitié du PIB, devenant le moteur de la croissance économique[2] ; en 2024 et tous postes confondus, la moyenne des dépenses de consommation en France était de 22 300€ par habitant[3].

C’est pourquoi nous parlons aujourd’hui de société de consommation, et même de consommation de masse. Or, notre système économique repose sur une approche linéaire de la production : on extrait, on fabrique, on utilise, on jette. Ce fonctionnement soutient une recherche de croissance continue, basée sur une production effrénée et réalisée sans regard pour les limites de notre planète et humaines. Pour écouler cette marchandise et faire tourner le système productiviste, on stimule le désir des individus à consommer toujours d’avantage de biens et de services à grand renfort de marketing, publicités, intelligence artificielle, biais algorithmiques et autre obsolescence programmée : la surconsommation est née.

Plus encore, certains secteurs d’activités ont franchi une nouvelle étape et atteignent aujourd’hui une « ultra-consommation » : c’est le cas des mondes de la mode, de la décoration d’intérieur et de la tech, où les produits sont de plus en plus éphémères. En cause : une baisse de qualité assumée, des tendances ou micro-collections se renouvelant sans cesse et un geste d’achat grandement encouragé par de très bas prix, des promotions permanentes et des facilités d’accès et de paiement – dont la vente en ligne -.

Mais produire toujours plus et toujours moins cher s’accompagne nécessairement d’effets néfastes :

  • Sur les sociétés humaines: augmentation des inégalités et distension du lien social, délocalisations, dégradation des conditions de travail, marginalisation des petits producteurs, chômage, exploitation professionnelle, …
  • Sur la santé: problèmes sanitaires liés à l’exposition à des substances nocives, aux risques liés aux carences, aux pénuries …
  • Sur l’environnement: épuisement des ressources, destruction d’espaces et d’écosystèmes, participation au changement climatique, pollutions, accumulation de déchets, …

L’objectif de notre système consumériste n’est pas la satisfaction des besoins réels des populations, mais bien de soutenir un modèle productiviste et capitaliste, enrichissant une poignée au détriment du plus grand nombre. Au vu de tous les déséquilibres qu’il génère, ce modèle de croissance fait aujourd’hui l’objet, à juste titre, de fortes critiques et de nombreuses voix s’élèvent pour exiger un changement de fonctionnement. « Etablir des modes de consommation et de production durables » est d’ailleurs précisément l’objet du 12eme Objectif du Développement Durable de l’ONU[4] qui s’adresse aux consommateurs mais aussi aux producteurs, collectivités publiques et aux Etats.

C’est dans ce contexte que sont nés les concepts d’économie circulaire et de consommation sobre, devant nous permettre d’engager la transition écologique de notre consommation.

Avant d’entrer plus en avant dans l’exploration de ces notions, il est important de rappeler que pour Indecosa-CGT, bien que les choix de consommation soient un puissant moyen d’agir à l’échelle individuelle, il est évident que tous les foyers ne sont économiquement pas égaux et que de nombreux facteurs viennent influer nos comportements de consommation. Il n’est pas question ici de culpabiliser les comportements individuels, par ailleurs semblant souvent dérisoires à cette échelle, mais de prendre conscience que c’est de leur massification que naissent les répercussions sur l’environnement et nos sociétés.

Le présent document vient présenter des pistes pour agir et s’inscrit résolument dans une revendication de changement complet de paradigme, qui ne peut reposer que sur les seuls consommateurs : pour que notre monde reste viable, la nécessaire transformation de notre système productiviste exige l’implication forte de tous les acteurs, puissance publique et secteur économique en tête.

[1] Commissariat général au Développement durable, Consommation des ménages, 2023

[2] Ministère de l’économie et des finances, Dossier Consommation, 2023

[3] INSEE, Tableau de bord de l’Économie française, données 2024

[4] Pour en savoir plus sur les Objectifs du développement durable, voir la page de présentation dédiée sur le site Internet officiel de l’ONU

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