Pour l’Union Européenne, le « tout digital » est l’objectif majeur de la décennie. Du digital pour les services publics, pour les services marchands, pour se contacter, pour apprendre, pour voter, pour s’exprimer, pour tout en fait.
Si le digital fut d’abord pensé comme une alternative aux guichets et aux rencontres physiques, bien pratique pour celles et ceux qui n’ont pas le temps ou pas la possibilité de se déplacer, il devient de plus en plus la seule option disponible. Maintenant, dans de nombreux domaines, pour obtenir des rencontres physiques, il faut prendre rendez-vous par le numérique !
Mais l’UE admet tout de même une faiblesse à cet objectif aux forts relents dystopiques : en cas de crise ou de conflit, l’électricité, la téléphonie mobile, Internet ou les fournisseurs d’accès peuvent être indisponibles pendant des jours, voire des semaines.
Elle appelle donc à la mise en œuvre d’un mode dégradé : l’identification de base et les justificatifs d’autorisation doivent fonctionner hors ligne pendant des semaines, sans vérifications en ligne permanentes. C’est la raison pour laquelle l’UE admet qu’il faut un modèle capable de fonctionner même si nos smartphones ne fonctionnent pas. Après avoir poussé le tout numérique pendant des années (et encore aujourd’hui) l’UE semble découvrir soudainement que cela nous rend vulnérables à la technique, et surtout à la technique connectée !
Elle prône donc la mise en place de données non connectées, accessibles manuellement, et, cerise sur le gâteau, non confiées à des acteurs commerciaux ! Savoureux de la part d’une instance ultra libérale !
Entre vols de données, besoin de supports physiques (comme les documents d’identité) et inquiétudes pour les cyber guerres qui s’annoncent (et se produisent déjà), l’UE focalise donc sur la mise en œuvre de systèmes résilients, capables de résister à de telles menaces. En tête de ses préoccupations : l’identité des individus et des structures, le système financier et le système commercial. Son objectif : permettre à chacun de supprimer ou réinitialiser ses identifiants et les régénérer, le tout, rapidement.
Cela s’accompagne également d’une forte volonté de contrôle :
Les infrastructures financières et de marché critiques (moyens de paiement, compensation/règlement, formation des prix de référence, logiciels de base/processus clés) doivent pouvoir être contrôlées par l’UE et les États membres et ne doivent pas pouvoir être désactivées de l’extérieur par le droit de pays tiers, des régimes d’exportation, des licences ou des mises à jour à distance (pas de kill switch externe).
La nécessité de l’argent liquide, un temps menacé par les paiements numériques et voué à la disparition par tous les « futurologues patentés » du petit écran et des Ministères, refait surface. On en vient même à conseiller aux gens de reprendre un petit bas de laine à la maison ! À quand la vente de matelas avec coffre-fort secret intégré ?
Bref, après nous avoir longtemps expliqué que seul le numérique était efficace et pouvait nous sauver, voilà que l’UE nous explique qu’il faut garder des contrôles humains à tous les niveaux pour éviter de voir l’ensemble se paralyser à la première menace d’ampleur. On aurait pu leur faire gagner de nombreuses années s’ils avaient pris la peine de nous écouter…
Qu’on ne s’y trompe cependant pas. L’UE n’est toujours pas devenue humaniste. Elle s’accroche fermement à son credo, jamais vérifié, souvent démenti : de l’économique viendra le social.
L’objectif est de créer un marché intérieur libre qui favorise la performance et l’innovation, tout en empêchant systématiquement toute contrôle externe, infiltration, chantage et ponction.
Elle cherche à se concentrer sur des secteurs clés : énergie, transports, santé, identité numérique, chimie, infrastructures de données sous-marines, accès aux composants numériques…
En résumé : chassez le naturel….
Nous avons émis un avis pour rappeler que nous refusons tout contrôle numérique réduisant les libertés fondamentales des usagers et consommateurs. Que ce soit en les obligeant à se doter d’équipements spécifiques pour répondre aux nouvelles normes qui résulteront de ces orientations de l’UE. Ou encore en limitant le nombre de fournisseurs par des attentes si strictes qu’elles excluront, de facto, les petites entreprises ou les modèles commerciaux alternatifs.
Si nous validons pleinement l’idée de nous affranchir des MAGMA (ex GAFAM) et autres BAXT (l’équivalent MAGMA en Asie), nous attirons l’attention de l’UE sur son propre raisonnement, même si nous savons qu’elle va s’empresser de l’oublier : seuls des systèmes basés sur un contrôle humain sont, in fine, résilients. Il faut des contre-pouvoirs humains, plus de démocratie, plus de conscientisation.
L’UE s’inquiète donc aujourd’hui d’un système bien plus vulnérable que ce qu’elle n’a jamais voulu admettre. Mais nous ne sommes pas dupes. À l’heure de l’IA mise à toutes les sauces, on ne tardera pas à nous produire une solution miracle issue d’un prompt magique, impliquant toujours plus de technique, toujours plus de vulnérabilité.
La course en avant, à rebours de toutes ses promesses, l’UE connaît bien. C’est ce qu’elle fait en économie depuis sa création…